Hubert Duprilot, artiste autodidacte, né a Tours (France) le 22 décembre 1975. vit et travaille à Rouen (france).
Parce que la guerre…
Hubert Duprilot (1975) d’un tempérament révolté trouve dans le monde qui l’entoure largement
de quoi alimenter sa révolte. Il quitte l’école très tôt et n’y reviendra jamais. Vivre, c’est apprendre
à se connaître et pour lui qui très tôt est happé par les formes multiples de l’art brut, peindre
s’impose comme un geste de découverte de soi qu’accompagne un désir inextinguible de changer
le monde.
Balancé entre une vie en HLM et des séjours dans le château d’une tante, son enfance lui a
toujours paru étrange. Les visites régulières à un oncle schizophrène lui font connaître les états
variables de la conscience humaine et confortent son opposition principielle à la société et à ses
gardiens. Dès lors, un double mouvement l’anime, tenter de comprendre ce qui se passe en lui
psychiquement, mentalement, intellectuellement en relation avec les « raisons » des choix des
autres.
À chaque étape de son évolution, il recourt à de nouveaux moyens techniques, la pratique de la
fresque pour peindre le monde, le dessin et la peinture pour approcher de la connaissance de soi,
certains langages électroniques pour faire ses vidéos. Et toujours en arrière-plan, un monde réel-
rêvé qu’il investit de ses gestes, celui de la guerre de 14-18 et de ses gueules cassées dont lui a
parlé son grand père.
Hubert Duprilot peint en cherchant à atteindre en lui les points sensibles. Une voix le guide grâce à
laquelle il parvient à découvrir les lois universelles de la construction des oeuvres. C’est pourquoi
son évolution artistique le conduit de la violence explicite d’un certain expressionnisme à la rigueur
d’un classicisme radical.
L’apprentissage fait en atelier de restauration lui permet d’approcher l’art des grands classiques
comme de comprendre ce vers quoi il doit tendre, une réelle « efficacité » émotionnelle. Ainsi se
met en place autour des visages et des corps de la grande guerre une peinture qui tient ensemble
figure et émotion dans une tension constante.
Son art, trop pessimiste et trop violent pour être montré dans les circuits marchands de la bonne
conscience planétaire rejoint un courant souterrain de peintres qui, comme lui, se dépouillent de
tout pour parvenir à atteindre en eux le cœur battant de la peinture. Alors peindre devient
chercher à rendre sur la toile la coïncidence à travers une présence peinte, d’un geste ayant la
puissance d’un trauma et d’une délivrance visionnaire ayant la radicalité d’une promesse.
Jean-Louis Poitevin, docteur en philosophie, enseignant, écrivain et critique d’art.
Je n'ai rien écrit encore à propos du foisonnant Duprilot, artiste français très fécond, né en 1975 et
à la tête déjà d'une oeuvre impressionnante. Regard tragique sur l'être, souvent nu, chétif, brisé,
aux yeux creux et sombres souvent, pris dans un espace clos, une cellule, l'impasse d'un dédale,
incarcéré dans l'espace et en lui-même, défiguré par le malheur intime, par la guerre (avec des
gueules cassées effroyables et impressionnantes), personnages mythologiques pris dans des
conditions terribles (Sisyphe et son fardeau, un Minotaure assis dans le labyrinthe comme un
enfant puni, Jésus en croix partagé entre sa divinité et les misères, les effrois de sa condition
humaine). L'être solitaire, abandonné, livré aux ténèbres,peut aussi grouiller de fantômes qui
prennent la forme d'asticots humains et morbides. L'être est implacablement marqué par la mort,
la décomposition. L'être se répand, coule, fond comme un cierge, une espérance. L'être perd aussi
son unité, bourgeonne, prolifère, entre fantasmes et cauchemars, terreurs nocturnes.
L'être grimaçant de malheur, chauve, hâve, en huis clos au fond de lui-même est mille fois décliné,
mille fois redit différemment, ressassé infatigablement, l'être entre l'hébétude kafkaïenne et les
jérémiades du désespéré. Le couple, peut-être, dans l'étreinte trouve un répit à la détresse, au
vide. Une suspension amoureuse, tendre du néant. L'être de Duprilot semble vivre l'apocalypse ou
lui survivre douloureusement, conception qui n'est pas dépourvue de vraisemblance. Il a l'aspect
d'un damné, d'un lépreux enfermé dans le lazaret.
S'il présente une lointaine parenté avec les personnages de Rustin, il se dégage de leur insouciance
effarante par une gravité terrible, un désarroi omniprésent, gourmand, qui le grignote et le laisse
maigre, chauve, pareil aussi à un agonisant du pavillon des cancéreux. L'être est défait, vaincu,
dévasté. L'être ne se dégage de la solitude que par des rêveries sordides, des visions affreuses de
pullulement, que par l'assaut d'insectes humains qui peut-être constituent la métaphore de la
descendance et de la population du monde. Il voit aussi, au fond de la solitude de son cachot, il
sent, il éprouve sa difformité, sa monstruosité, il l'incarne.
Duprilot est un singulier, un étourdissant prophète du malheur et ses êtres semblent même
désertés par le spirituel, le métaphysique. Cette idée s'impose, peut-être, que les êtres se sont
révélés incapables d'un destin, d'une dignité, d'une entente. Et pourtant, ils ne sont pas indignes,
les personnages de Duprilot, leur désastre (qui n'est peut-être qu'un reflet du nôtre) nous inspire,
avec la crainte, une sorte de commisération, de compassion. Car oui, profondément démunis de
tout, ces êtres là brûlent, comme par les deux bouts, d'une insoutenable humanité.
Je voyais dans certain personnage, - sans, je l'espère, céder au délire d'interprétation -, le Winston
Smith d'Orwell, déniaisé, dégrisé, désillusionné, fondamentalement abandonné avant de
s'effondrer tout entier dans l'amour assassin de Big Brother.
Son soldat de 14, son poilu au front bandé n'est pas un Apollinaire somptueux et inspiré, c'est un
type affalé, troué par ce qu'il a vu, par ce qui l'a heurté et qui a définitivement rompu avec tout
sentiment poétique. C'est une épave. C'est, selon moi, par dignité, dans la veine de Duprilot qu'il
faut représenter les sacrifiés de 14-18. Ni flambeaux, de grâce, ni attitudes héroïques qui sont des
surcroîts de honte à la mémoire des victimes.
J'ai une grande admiration, en raison de l'éloquence terrible de l'oeuvre, pour ces hures humaines
semées sur un damier et qui sont prêtes pour le jeu sordide, épouvantable, meurtrier de la vie.
J'aime cet ange douloureux, hésitant, infantile, grave et fragile, rétréci à la dimension d'un humain,
cet ange terrifié et débarrassé de toute auréole. Cet ange établi dans la condition humaine. Cet
ange humble.
Et je suis très emballé par l'oeuvre en général, sa force, sa puissance évocatoire, une oeuvre très
interpellante, soutenue, grave, effroyable, tragique et formidablement salutaire. Indispensable.
Denys Louis COLAUX, auteur belge, poète, nouvelliste, romancier.
L’incertitude est à son comble : y a-t-il une possible identité ? Le masque
que l’on présente au monde n’en recouvre-t-il pas un autre ? Etre soi
pose problème et impose une sorte d’enfermement, voire de guerre
intérieure. Parfois nous nous complaisons à porter notre croix, comme si
elle nous était constitutive : on nous en débarrasserait qu’on se sentirait
orphelin. Nos cris sont silencieux, tournés vers un ailleurs inaccessible ou
une cloison qui absorbe les sons. Pourtant, de cette incertitude naît une
manière de mouvement, de déhanchement, comme une promesse
lointaine.
Jean-Louis FARAVEL, président de l’association Oeil-art – Rives.
Lorsqu’il avait cinq ans, Hubert Duprilot a demandé à sa mère s’il était possible d’être artiste.
« D’abord il y a eu ce lien que j'ai fait entre un oncle schizophrène et un vieux tamaris qui trônait solitaire au milieu du jardin. Les deux paraissaient torturés, enfermés ; l’arbre était couvert de cicatrices, il avait été taillé et retaillé et, surtout, ce qui me choquait c'est que les arbres autour du jardin paraissaient libres; eux, on les avait laissés pousser en paix. Mon oncle, lui aussi était enfermé en hôpital psychiatrique et on pouvait voir une tourmente insondable dans son regard halluciné. » À la même époque, à cette vision de l’homme-arbre torturé s’est contraposée une autre vision, lumineuse : un vieux peintre, rencontré lors d’une balade à Saint Germain. Assis sur un tabouret et entouré de ses toiles, il avait lui aussi l'allure du tamaris du jardin: « Une gueule burinée avec des rides taillées à la hache et, au beau milieu de ce champ de bataille qui lui servait de figure, deux petites billes bleu azur pétillaient de vie et de lumière. Cet Artiste donc, avait le corps du tamaris, mais pas le regard de mon oncle et surtout, cet Artiste respirait la liberté. Un jour, alors que je regardais le tamaris sous la pluie à travers la vitre de la porte d'entrée, je me mis à observer une goutte qui coulait le long de la vitre et j'ai demandé à ma mère si c'était possible d’être artiste; j'avais cinq ans et j'avais pris ma décision. Je serais un artiste et je serais libre. »
La question qu’il a posée à cinq ans se formulerait différemment aujourd’hui : « Serait-il possible de ne pas être artiste ? » Pour Hubert Duprilot, cela reviendrait à arrêter de voir et de sentir. Cette même faculté de sentir, hypertrophiée, monstrueusement réactive, est la terre de laquelle jaillissent ses personnages tourmentés : des humanoïdes zombies, des êtres post-apocalyptiques qui renvoient à un état larvaire de la conscience humaine, à une époque où l’émotion se passait de l’artifice et circulait librement, sans les entraves d’une civilisation conservée en formaldéhyde. On y trouve aussi les chimères mythologiques, les gueules cassées, les pauvres diables enfermés dans les scénarios répétitifs d’un quotidien on ne peut plus banal et conformiste, d’autant plus aberrant que l’état d’esprit de toute une génération est loin de ce bien-être standardisé, acheté en grande surface.
Après une formation en restauration de peintures, un très jeune Hubert Duprilot découvre le musée Dapper et l’art africain, qui le fascine intensément : « Chaque sculpture semblait chargée d'une énergie mystique. J'ai d’ailleurs gardé de ces sculptures mes orbites vides et je peins très rarement les regards, ce qui donne l'impression que tout se passe à l’intérieur du personnage ». En effet, ces personnages ont rarement des yeux, ce qui rend de tant plus étonnante l’étrange force d’expression de cette figuration faussement simple, presque rustre, qu’il pratique. Le moment de tournure a été la découverte, faite par hasard, comme toute découverte digne de ce nom, de l’art de Robert Combas et des expositions de la Halle St. Pierre : un art simple, fort et percutant. Efficace, pour garder le mot employé par l’artiste. Tout aussi simple et fort, son langage esthétique, redevable à l’expressionisme et aux arts graphiques, à Jean Rustin aussi bien qu’à Otto Dix, reste personnel et cohérent. Des lignes à la fois précises et évanescentes, de traits hâtifs en fusain, d’encres écoulées et d’acryliques sales, de contours désintégrés, tenus en équilibre par la rigueur mathématique des décors ou bien par l’absence de toute scénographie. Une esthétique du laid, du monstrueux, par laquelle s’exprime l’humain, à la fois héroïque et fragile. Une pulsion de mort et de destruction, pour faire place aux tamarins libres de la vie. « La nappe de fond de mon travail est d'arriver à peindre ce que je pouvais voir dans les yeux de mon oncle schizophrène. J’essaye de parler pour lui. Quand j’étais petit, il m’appelait "cui-cui". C'est drôle, pour lui j'étais un petit oiseau. Donc libre. »
Oana Amăricăi ,conseillère culturelle à Bucarest, co-organisatrice d’expositions - Grand Baz’art…
Une vision aussi jubilatoire qu’hallucinatoire de la vie quotidienne.
La représentation de l’humain en ses différentes postures amoureuses, bricoleuses, domestiques ou socio-professionnelles, telle que nous la propose Hubert Duprilot, n’est pas de tout repos pour l’œil et pour l’esprit.
Entre joyeuse exaltation et profond désespoir, entre bonne santé et furonculose généralisée, la puante pourriture y arbore les flamboyantes médailles du mérite agricole, militaire ou culturel.
L’oiseau y copule sans vergogne avec la limace. Ça s’hybride et fornique dans tous les coins.
C’est un joyeux lupanar, une cour des miracles à taille métaphysique…C’est de l’expressionnisme débridé, bref , c’est de la pure et très nauséabonde décadence esthétique.
N’empêche…il y a de l’enthousiasme et de la positivité là-dedans. Il y a une bonne humeur de fond dans cette mise en forme capable de se nourrir et transcender les pires de nos phantasmes, et en faire de la beauté…si vous permettez l’emploi de ce terme.
Pierre Souchaud , artiste peintre, écrivain d’art, essayiste.
Hubert Duprilot occupe une place singulière dans la peinture, entre art brut et expressionnisme.
Une recherche sans limites pour offrir une œuvre à part,
qui laisse immanquablement une trace forte dans l’esprit du spectateur.
Sa représentation de l’humanité très remarquée fait montre d’une grande sensibilité,
d’un besoin viscéral de peindre. Les couleurs, les sujets graves, mythologiques ou plus
« légers » traduisent les rapports de l’homme avec sa condition. Sa démarche l’inscrit
dans un sillon prestigieux qu’empruntèrent jadis Zoran Music ou Giacometti.
H.Duprilot est né en 1975 et vit à Rouen.
Jean-Henri Maisonneuve, journaliste, peintre, poète, professeur de lettres modernes.
Touche à tout de talent qui semble chercher encore son « style », Hubert Duprilot passe du dessin à la peinture, met de la colle, prend un morceau de carton, un peu d’encre... Et les idées sont là, qui pressent les gestes, les images arrivent qui en appellent d’autres. Est-ce que ça existe d’avoir trop de talent ? Si oui, peut-être que c’est ce qui arrive à Hubert Duprilot. Après pas mal d’années de travail régulier, l’artiste rebondit sans cesse vers d’autres choses, se renouvelant toujours. Il excelle dans sa capacité à mettre en scène couleurs et matières, proposant un éventail de techniques qu’il met cependant au service d’une quête de sens. Ses pseudos planches anatomiques où les croquis se partagent le territoire avec l’écriture, les taches et les coulures savamment orchestrées, sont pour l’oeil et l’intellect, un régal d’invention et nous démontrent que l’art n’a pas fini d’être innovant. Du moins tant qu’il y aura Hubert Duprilot !
Fred Noiret, artiste, galeriste, sculpteur, céramiste.
Animé par une nécessité absolue de peindre, perméable à son environnement, Hubert Duprilot donne vie à des portraits dérangeants, qui témoignent d’une observation pénétrante.
De même qu’il met en scène le couple dans la fusion et la dissociation, la rencontre et la solitude, la joie et la tristesse, force et fragilité sont intimement mêlées dans ses oeuvres.
En 2004, il réalise au crayon d’écrasantes fresques architecturées, orchestrées où l’on glisse d’un plan à un autre avec le sentiment que l’on va se perdre dans un monde compartimenté, pollué. L’être humain y est isolé, tortionnaire ou torturé. C’est une profusion d’images et d’informations jusqu’à saturer, jusqu’à vouloir sortir de ce chaos organisé.
Ses dernières œuvres d’une facture plus épurée, représentent l’humain morcelé, désarticulé. Ici, il ne s’agit plus d’embrasser un ensemble ni d’empoigner le monde. Le peintre focalise l’attention sur des éléments épars qui entrent en résonance par le jeu de la composition, de l’équilibre et de la couleur.
Quelle que soit la technique qu’il utilise, l’expression d’Hubert Duprilot nous marque puissamment et subtilement de son empreinte.
JLG , peintre.
Allez raconter à un oiseau qu’il vient de passer une frontière….. L’oiseau est
le parangon du migrant. Ne dit-on pas de certains qu’ils sont migrateurs et que leur départ nous
fait le bonheur de les voir de retour ne serait-ce pour leur tirer dessus ou les prendre au filet ?
Les oiseaux de DUPRILOT ont des têtes d’humain bifrons, sortes de Janus ils guettent ou découvrent,
chantent et s’étonnent, perchés qu’ils sont sur une branche qui n’a plus ni racine ni tronc. Cette
branche est leur maison, elle dit leurs histoires dans un monde sans vie qui n’a d’horizon qu’une petite porte qu’Alice,
elle-même ne pourrait franchir et qu’ils ne semblent pas voir. Ces oiseaux sont des migrants d’âme ou de corps,
sans voix, sans écoute et la branche ne les porte pas, c’est eux qui la portent, témoignage incompris d’un passé
lourd comme une menace de refus, d’enfermement, de mort. Pourtant cette branche est leur fierté. Elle était dans
l’arbre qui portait leur famille, leurs amis. Elle avait l’odeur des saisons, les couleurs du ciel. Elle portait nids et chants, amours et labeurs, protégeait et nourrissait. Le rêve était de la quitter pour en habiter d’autres, là tout près, d’où on entend les chants des amis, des amours, des parents, des enfants et puis en parler avec ardeur, avec tendresse, avec nostalgie, fierté et bonheur comme on le fait lors de dîner quand on parle de ses origines à d’autres qui en font de même, même si ces origines ne sont qu’un écho lointain de l’histoire familiale.
Les oiseaux de DUPRILOT ont peut-être peur, ils sont surtout étonnés et quettent un regard qui les rendra vrais et rendra possible le vol et l’accueil chaleureux d’une nouvelle branche sur laquelle greffer celle emportée dans l’exile.
Qui es-tu, toi ? Je suis du bois de cette branche, il ne m’en reste qu’un tout petit bout,
juste de quoi participer à la construction de notre nid, près du tien, avec toi.
Pierre Gentes,peintre, galeriste.